LE FÉMINICIDE : UN FLÉAU QUI PERSISTE

Crédit : Saint Hoax

À ce jour, lundi 26 août, 97 victimes de féminicide ont perdu leur vie en France depuis le début de l’année 2019. Un nombre qui croit de façon exponentielle, puisque l’on considère qu’aujourd’hui, en France, une femme est tuée tous les deux jours.

Le féminicide, c’est quoi ? 

Le féminicide, aussi appelé fémicide, est un concept inventé au début des années 1990 par Diana Russel, écrivaine et activiste féministe sud-africaine. Selon elle, un féminicide est « le meurtre de femmes par des hommes parce qu’elles sont des femmes »

L’OMS (Organisation Mondiale de la Santé) souligne la différence entre un féminicide et un homicide perpétré sur un homme. En effet, dans la majorité des cas de féminicides, les femmes sont tuées par leur partenaire actuel ou ancien partenaire, et ont souvent précédemment été victimes de menace, violence ou intimidation régulière au sein même de leur foyer. Les victimes sont généralement dans une situation où elles ont moins de pouvoir et de ressource que leur conjoint.  

L’OMS distingue quatre types de féminicide : 

  • Le féminicide intime, qui est le plus courant, et représente 35% des meurtres de femmes à travers le monde. Il s’agit d’un meurtre commis par un conjoint, actuel ou ancien. À titre de comparaison, on estime que seulement 5% des meurtres sur les hommes ont été commis par leur partenaire, souvent d’ailleurs suite à de la légitime défense. 
  • L’homicide commis au nom de l’honneur, qui comptabilise environ 5000 meurtres par an. Il est généralement perpétré par le partenaire de la victime, ou un membre de sa famille, pour protéger une réputation au nom de valeurs morales.  
  • Le féminicide lié à la dot, un crime majoritairement présent en Inde où l’on estime que près de 25 000 femmes auraient été tuées entre 2012 et 2015 pour ce motif. 
  • Le féminicide non-intime, c’est-à-dire un crime prenant expressément pour cible une femme, et qui implique souvent une agression sexuelle. 

Quelques chiffres alarmants 

Collecter le nombre de féminicides dans le monde n’est pas une mince affaire. La définition de ce qu’est un féminicide n’est pas la même dans tous les pays, et certains crimes restent cachés et ne sont pas comptabilisés par les organismes officiels. Il est donc conseillé d’estimer les chiffres donnés comme une moyenne basse du nombre actuel de féminicides. 

En 2017, on comptabilise 87 000 féminicides sur la planète. 58% des femmes victimes de ce crime cette année-là ont été tuées par un conjoint ou membre de leur famille. On considère alors que toutes les heures, six femmes sont tuées par une personne qui leur est proche.   

Si l’on compare les homicide d’hommes aux féminicides, on constate que le nombre d’homicide volontaire d’un homme est bien supérieur à celui d’une femme. Pour 80 % d’hommes assassinés, « seulement » 20 % de femmes le sont. Cependant, la tendance s’inverse lorsque l’on se concentre uniquement sur les homicides commis par des partenaires dits intimes : 18 % des victimes sont des hommes, et 82 % des femmes. 

Zoom sur la France

Lundi 26 août tombait la 97ème victime de féminicide en France depuis le 1er janvier 2019. 

En 2018, selon l’Etude nationale relative aux morts violentes au sein du couple publiée par le Ministère de l’Intérieur, 149 homicides commis par un partenaire, actuel ou non, ont été tuées. Parmi eux, 28 hommes tués et 121 féminicides, soit 81,2 %. 

Une femme meurt tous les deux jours en France. Elle a souvent déjà été victime de violence conjugale précédemment, mais rares sont celles qui portent plainte contre leur agresseur. En effet, selon le rapport 2018 officiel « Où est l’argent contre les violences faites au femmes », 225 000 femmes sont victimes de violences conjugales (un nombre, une fois encore, à estimer comme en-dessous du nombre réel), mais seulement 14% portent plainte. Ce même rapport calcule qu’il faudrait environ 506 millions d’euros pour une prise en charge de qualité, une estimation bien au-delà du montant généralement accordé, d’environ 79 millions d’euros. 

Si les associations militent pour l’augmentation du budget accordé à la prise en charge des femmes battues, certaines se battent également pour la reconnaissance juridique du terme féminicide.

Apparu seulement en 2015 dans le dictionnaire Robert, le mot « féminicide » est absent du cadre légal français, au contraire des termes « infanticide » et « parricide ». Le féminicide est alors souvent apparenté à un crime passionnel, ce qui retire le caractère misogyne de l’acte. 

C’est notamment grâce aux militants contre le féminicide qu’Edouard Philippe a décidé d’introduire le Grenelle des violences conjugales à Matignon, où se réuniront ministres, associations, administrations, et familles des victimes pour réfléchir à une meilleure façon de lutter contre ce fléau. Le Grenelle se tiendra le 3/9/19, en écho au 3919, le numéro d’écoute national destiné aux femmes victimes de violences.  

« Les droits des femmes sont les droits humains et les attaques visant les femmes sont des attaques sur nous tous. Voilà pourquoi nous devons y répondre ensemble. » – Antonio Guterres – Secrétaire Général des Nations Unies (Mars 2017). 

Article de Léah Boukobza

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