En partenariat avec le ministre chargé de la Ville et du Logement, Airbnb met à disposition des logements gratuits pour le personnel hospitalier.

En ces temps de crises, chacun se mobilise comme il le peut pour aider au mieux celles et ceux qui sauvent des vies. Alors que LVMH a choisi de produire massivement des masques et des gels hydroalcooliques, la société Airbnb soutient les soignant.e.s en mettant à leur disposition des logements. 

AIRBNB

Des logements gratuits pour le personnel soignant

Les médecins, les infirmier.e.s, le personnel soignant mènent un combat acharné, en première ligne, pour lutter contre le Covid-19. Les voyant confronté.e.s à ce danger, Airbnb a décidé d’agir. En partenariat avec le ministre chargé de la Ville et du Logement, l’entreprise et sa conciergerie Luckey ont lancé « Appart Solidaire ». Cet appel à l’entraide mobilise les hôtes du monde entier pour offrir des hébergements aux personnels hospitaliers.

Airbnb met en relation les hôtes avec les personnels mobilisés. L’initiative est gratuite et la société couvre les frais de l’opération, en prenant notamment en charge « les dépenses courantes des hôtes, inclus 50 euros pour les frais de ménage. » Le programme est ouvert aux soignant.e.s, aux travailleur.se.s sociaux.les et aux bénévole.s en centres d’hébergement d’urgence qui travaillent à plus de 30 minutes de transport de leur domicile. Seuls les logements entiers sont mis à disposition. Cela ne comprend donc pas les chambres d’hôte.

Pour participer en tant qu’hôte, il suffit de vous inscrire sur la plateforme en ligne. Et pour participer à l’initiative, vous pouvez vous rapprocher de l’équipe Luckey en envoyant un e-mail à : ownersupport@luckey.com. 

Article de Sofia Rogozarski

Durant la pandémie, les gestes d’entraide se multiplient. Alors voici une liste spéciale dédiée à la solidarité que vous pouvez reproduire chez vous.

Solidarité

Fournir le surplus de matériel médical

En raison de l’épidémie qui sévit partout dans le pays, les professionnels de santé manquent cruellement de matériel médical (masques, gel hydro-alcoolique, gants, blouses, charlottes en papier, combinaisons en papier, sur-chaussures, lingettes et sprays désinfectants). Dans cette dynamique, LVMH a annoncé en début de semaine qu’il allait fabriquer en grande quantité des gels hydroalcooliques. Si vous disposez d’un surplus non utilisé, les aides-soignants, cliniques et hôpitaux seraient ravis de pouvoir en bénéficier. Il suffit de les contacter.

Faire des donations aux sans-abris

Les personnes sans domicile sont confrontées à des difficultés supplémentaires en cette période. Pour cela, les associations et collectivités locales se mobilisent pour leur venir en aide. Le gouvernement assure que l’aide alimentaire est toujours autorisée. Ainsi, vous pouvez contribuer et participer en faisant un don (conserve, pâtes).

Aider les seniors à faire leurs courses en ligne

L’heure est à la solidarité ! Les personnes âgées sont souvent confrontées à cette problématique qu’est Internet. Aujourd’hui, pour leur faciliter la tâche, vous pouvez proposer vos services pour les aider en leur montrant comment commander en ligne ou tout simplement en le faisant à leur place. Et pour cela, il ne suffit que de quelques clics.

Cuisiner des gâteaux

En raison du confinement, on peut vite s’ennuyer. Pour cela, Paulette vous propose de confectionner des gâteaux. Cela permet de passer du temps avec les siens tout en se vidant la tête. À vos fourneaux !

Update: fin février, en Italie, deux pâtisseries proposent désormais le « Corona cake » à la vente, de quoi prendre le confinement avec légèreté.

Appeler et renouer avec sa famille et ami.e.s

Maintenant que vous avez le temps, il n’est plus question de s’inventer des excuses pour ne pas appeler sa famille et ses ami.e.s. Renouer avec les siens peut être bénéfique pour la santé autant pour la votre que pour la leur.

Article de Sofia Rogozarski

Le festival ouvrira ses portes du 19 au 21 juin 2020 à Paris-Longchamp. Onze artistes ont déjà été annoncés.

Comme chaque année, le festival débarque avec 80 concerts prévus au programme, dont certains noms sont déjà connus. Les têtes d’affiche ont été dévoilées fin janvier. On retrouve entre autres Aya Nakamura, Niska, -M-, Rilès ou encore Yseult. 

Solidays est connu pour sa festivité et sa bonne ambiance – mais pas que. 

Solidarité et engagement

Solidays a ouvert ses portes en 1999 sous l’appellation Solidarité Sida. Rappelons que le but principal est de lutter contre cette maladie, faire de la prévention et aider ceux et celles qui en sont atteint.e.s. 

Le sida est une maladie infectieuse qui se transmet par voie sexuelle et sanguine, et qui touche chaque année environ 2 millions de nouvelles personnes, selon les informations de aides.org. Tous les ans, la jeunesse se mobilise en participant à l’événement avec environ 228 000 festivalier.e.s au compteur. Les artistes sont tout autant engagé.e.s. Onze noms ont déjà été dévoilés et il en reste encore à découvrir. Pour boucler la boucle, 1500 personnes s’engagent en tant que bénévoles et participent au bon déroulement de l’événement. Du beau monde pour une belle cause !

A noter que les Pass 2 jours et 3 jours sont déjà épuisés ! Retrouvez toutes les informations et les billets sur leur site internet. Et n’oubliez pas, « Love is the answer ».

https://www.instagram.com/p/B7lGQCsKthl/

Article de Sofia Rogozarski

Paris, triste vivier des sans-abri – dont le nombre ne fait qu’augmenter. Avec Agy, on se pose dans le fin fond du XVIIIe, ravies de se retrouver pour parler de La Rue Tourne, l’association qu’elle a cocréée pour lutter contre l’isolement de cette tranche de la population que la société a mise en marge. Parfois, quand le commun des mortels croise un.e sans-abri, il détourne le regard ou accélère le pas. Agy, elle, pose l’objectif de son appareil photo sur ces personnes et avec son équipe de maraudeur.ses, elle prend le temps de s’asseoir à leurs côtés pour « créer du lien social ». Elle s’intéresse vraiment aux gens et à leur histoire, qu’elle entreprend de mettre en lumière sur le site Internet et le compte Instagram de l’asso, ou lors d’expositions. C’est donc grâce à la photographie, aux réseaux et à son énergie communicative qu’Agy donne une visibilité à celles et ceux que la rue a rendu.es invisibles. Rencontre pour le moins poignante.

Portrait Agy par Marine Toux

Comment conçois-tu le monde associatif?

Je suis quelqu’un d’assez rigide, alors je conçois l’associatif comme l’entreprise, notamment au niveau de l’organi- sation : je veux que les choses soient nickel, parce qu’au bout de la chaîne, c’est une personne sans-abri qui compte sur nous. Si un.e bénévole s’engage à donner un duvet par exemple, il faut que ce duvet soit donné dans les deux ou trois jours, pas des semaines après la demande. De manière générale, si on ne se fixe pas de deadlines et de contraintes, on vivote, on n’évolue pas.

Patrick

D’où te vient ton engagement ?

J’ai toujours été attirée par les publics dits « fragiles ». Ça me passionnait d’aller interviewer des dealers au fin fond de Poissy et de comprendre comment ils en étaient arrivés là, d’essayer de déconstruire les parcours. Et c’est exactement ce que je fais au sein de l’asso La Rue Tourne. On a tendance à voir ce type de public comme des « sans » : sans abri, sans diplôme, sans compétences, sans qualifications, alors qu’en fait, il suffit de creuser un peu pour se rendre compte qu’ils.elles ont plein de « plus ». Il faut juste qu’ils.elles s’en aperçoivent pour capitaliser dessus. Souvent, il suffit d’une personne extérieure pour leur faire prendre conscience de leur talent, des qualités qu’ils.elles ont à faire valoir. Et ce n’est pas forcément évident, car ils.elles sont dans un environnement qui ne les met pas en lumière, surtout lorsqu’ils.elles ont dû, par exemple, vendre de la drogue. Mais il n’y a pas de déterminisme: les gens ne sont pas déterminés à rester sans abri ni à être décrocheurs.

Tu nous parles de La Rue Tourne ?

L’association a été créée en 2015 et s’articule autour de trois volets principaux. On fait de la maraude deux fois par mois. Pas vraiment alimentaire, car c’est quelque chose de très bien couvert sur Paris, mais avant tout pour créer du lien social : si une personne veut bien de nous, on se pose avec elle, on écoute la musique qu’elle kiffe, on parle de ses proches. On passe du temps avec elle, comme on le ferait avec nos potes – toute proportion gardée. Quand j’ai créé l’asso, j’étais dans une période de ma vie où je ne savais pas comment m’occuper, je faisais de la photo, mais ça n’avait pas trop de sens. J’étais seule et je voulais photographier la solitude. En marchant, comme ça dans la rue, le premier public que j’ai alors vu, c’est celui des sans-abri. Au début, je les prenais en photo d’assez loin, parfois je ne savais même pas quel était le visage de la personne, je ne connaissais pas son prénom, et elle ne savait pas que je la photographiais, donc ce n’était pas cool. Mon travail a pris du sens en devenant un outil pour ce public : je raconte les histoires des gens, en plus de leur tirer leur portrait. Les faire parler de leur vécu, c’est le meilleur moyen de sensibiliser. Puis on publie les récits et les photos sur les réseaux sociaux, sur notre site Internet. Je m’adapte à la volonté de la personne, bien sûr : par exemple, Saïd ne veut pas que je montre son visage, parce que sa famille n’est pas au courant, donc je respecte. C’est important, tout ça. Ce ne sont pas juste des sans-abri : c’est Thierry, c’est Saïd, c’est Ivo, c’est Kamir, c’est Sabine. Ce sont des gens, des individus. ils.elles avaient des carrières, des familles, ils.elles ont des rêves et des passions. Comme nous. La seule différence, c’est que nous, on a un toit au-dessus de la tête.

Snake

Tu as évoqué deux des trois volets de l’association : les maraudes et les portraits. Quel est le troisième ?

On fait de la sensibilisation. Bien sûr, pendant nos maraudes, on explique notre action aux gens qui nous observent, qui se questionnent sur ce qu’on est en train de faire, mais on fait aussi des interventions auprès des enfants dans les écoles. Un jour, on a décidé d’offrir un petit cadeau aux sans-abri. J’ai alors sollicité l’institutrice de la fille d’une amie pour fabriquer des cartes de vœux. Jusque-là, tout allait bien (Rires). Sauf que cette enseignante, engagée qu’elle était, Mme Le Maire, m’a demandé en contrepartie de la réalisation des cartes, de venir parler aux enfants de ce que je fai- sais avec La Rue Tourne. Des élèves du CP au CM2 ! Déjà, j’ai un sale rapport avec l’école, alors y remettre les pieds : l’angoisse. Rien que de revoir un préau, c’était compliqué (Rires) ! Deuxièmement, ce que je vois dans la rue, c’est autant positif que négatif. Comment parler à des primaires de la mort, de l’excision, de la drogue, de la prostitution ? Finalement, j’ai décidé de prendre l’axe positif de la solidarité. Je racontais aussi les histoires des sans-abri, mais sans entrer dans les détails. Je prenais un portrait et je demandais aux enfants : « À votre avis, quel est l’âge de cette personne ? Quel est son prénom ? D’où vient-elle et quel était son travail ? Depuis combien de temps est-elle dans la rue et pourquoi ? » Je déconstruisais les représen- tations en racontant les vraies histoires. Au début, j’étais un peu trop sans filtre… Aujourd’hui, j’ai trouvé le bon fonctionnement pour aborder ces sujets : je dis la vérité via un angle jovial et funky, tout en ne cachant pas la dureté de la rue. Les deux doivent cohabiter. Au final, les enfants ont plein d’idées, ils veulent faire plein de choses: à l’occasion d’un Noël, ils ont fabriqué des bougeoirs.

Tu dis que La Rue Tourne « crée du lien social », ça veut dire qu’elle « aide » ?

Christian

Pour moi, le vocable est très important. J’essaye d’employer le moins possible le mot « aider ». Parce que, quand on fait ce que La Rue Tourne réalise, on est déjà dans une relation de supériorité, qu’on le veuille ou non : on a beau le faire avec toute la bonne volonté du monde, on a un toit sur la tête, contrairement à celle ou celui qui est en face de nous. Pour moi, l’association, c’est du partage et pas de l’aide. Quand on maraude, on se met souvent à la place des sans-abri : si la personne est assise au sol, on se pose à côté d’elle. Il ne faut pas être dans une position condescendante. D’ailleurs, il n’y a rien de pire. Une fois, Christian pleurait et personne ne s’est arrêté. Bien sûr, c’est dur de se confronter à quelqu’un de triste, mais je trouve ça encore plus difficile qu’il n’ait pas reçu ne serait-ce qu’un peu d’attention. Et même parfois, on se prend des remarques : pourquoi est-ce qu’on fait ça, pourquoi est-ce qu’on entretient ce schéma social. Pardon, mais si les gens étaient contents d’être dans cette situation, ça se saurait ! Je distribue des cafés, pas des RSA !

Parle-nous de la réalité de la rue ; parle- nous des histoires qui t’ont le plus touchée.

Pascal

Je pense à Kamir, cette femme qui a trois ans de moins que moi. Elle vit depuis dix ans dans la rue, du côté de Châtelet. Et on le sait, dans le centre de Paris, c’est là où se concentrent les trucs les plus dégueulasses : la drogue, la prostitution, la violence. Tout ça, elle l’a vécu. Elle s’est fait casser toutes ses dents de devant parce qu’elle a refusé un rapport sexuel. Elle s’est fait tirer par les cheveux jusqu’à en avoir une grosse cicatrice pour la même raison. Elle se fait régulièrement casser la gueule, soit par des gars de la street, soit par son copain qui sort de prison. Quand tu lui parles, tu as l’impression qu’elle a toujours 19 ans, car émotionnellement, ce n’est encore qu’une gamine. Son histoire me touche énormément. Son rêve, c’est de faire une formation en toilettage pour animaux. Mais elle vit dans un tunnel, elle fume du crack, elle se prostitue, probablement. En fait, je ne sais pas comment la sortir de cette situation. Elle est pourtant accompagnée, par les maraudes, une éducatrice spécialisée, une assistante sociale. C’est une histoire très difficile dont j’essaye de me distancier, car à un moment, ça m’a vraiment bouffée. Je suis même allée voir où elle habitait, dans le tunnel. Mais ça s’est mal terminé avec son copain. Puis il y a Pascal, un mec adorable décédé en 2015, à l’âge de 53 ans. Avant d’être dans la rue, il était conseiller bancaire en Lorraine. Il a perdu son travail après une embrouille avec son boss, sa femme l’a quitté. Il est alors venu chez un pote à Paris, qui est mort du sida. N’étant pas sur le bail du logement, il a dû partir et a fini sur le banc à Stalingrad, devant la Rotonde, pendant dix-sept ans. Un jour, la COP 21 a décidé de mettre des installations là où il était, alors la Mairie de Paris a fait le ménage. Et quand elle s’y emploie, elle ne demande pas aux gens de prendre leurs affaires et de partir. Elle apporte une benne et y jette tout – sacs de couchage, livres préférés. Pas le temps de niaiser. C’était début décembre, et Pascal a été retrouvé quelques jours après sous un parasol, mort d’hypothermie. À chaque sensibilisation, je parle de lui.

Tu es constamment confrontée à des histoires bouleversantes, injustes. Comment tiens-tu le coup ?

JN

Je suis une véritable éponge émotionnelle, j’ai tendance à être hyper empathique. Je sais qu’il ne faut pas s’oublier, mais en même temps, je ne peux pas m’empêcher de penser aux sans-abri et à leurs besoins, qui doivent être comblés. Il y a deux semaines, j’étais fatiguée, et pourtant je suis allée récupérer la veste en cuir d’au moins 4 kg de Tyty, à Châtelet – il venait de la cirer deux fois pour qu’elle soit parfaite pour l’hiver, trop mignon ! – pour qu’il n’ait pas à se la traîner. Je l’ai déposée au local de La Rue Tourne, puis je suis retournée le voir pour lui fournir un kit d’hygiène. Je savais que c’était nécessaire, j’ai pris sur moi, car je savais très bien qu’après, de mon côté, j’allais rentrer chez moi, prendre une bonne douche et chiller devant Netflix. En fait, j’aime ce que je fais, c’est même devenu une passion.

Tu as parlé de Kamir. Les femmes bénéficient de conditions d’hébergement plus stables que les hommes, donc elles sont moins visibles dans la rue. En côtoies-tu ?

38 % des sans-abri sont des femmes. Certaines années, je n’en croise aucune. Les deux seules que je connais, ce sont Kamir et Sabine, proche de 50 ans. Toutes les deux ont de très forts caractères – elles n’ont pas le choix. Elles ont vécu les pires trucs. Être une femme dans la rue… Je n’ai même pas envie d’imaginer. Parfois, je retrouve Kamir avec un œil au beurre noir, j’ai envie de lui dire : « Mais barre-toi, Kamir, putain, barre- toi ! Qu’est-ce tu as à perdre ici ? » C’est étrangement confortable pour elle de rester dans son tunnel, c’est sa zone de confort. Elle n’a connu que ça en dix ans. Beaucoup de femmes se cachent, dans des tunnels, sous des ponts, dans des endroits peu fréquentés.

À cause de la honte ?

La honte, la violence, la peur de tomber sur le mauvais gars, peut-être bourré ou de mauvaise humeur, au mauvais moment. Parfois, j’ai l’impression que c’est plus compliqué d’être une femme dans la rue, mais ce n’est pas facile d’aller en interroger une sur sa vie, sur les causes, les raisons de sa situation. Trop personnel. Ça a l’air tellement plus sensible pour une femme que pour un homme. En tout cas, je ne lâche pas l’idée qu’un jour, je ferai une exposition de photos exclusivement de femmes.

Ivo

As-tu déjà été confrontée à la précarité menstruelle ? C’est l’un de nos chevaux de bataille, chez Paulette.

Je suis contente que des médias se mobilisent. Ça fait un bail qu’on distribue des serviettes hygiéniques dans la rue. Après, dans mon secteur, les femmes n’ont souvent plus de règles à cause de la ménopause ou de leur cycle complètement flingué par ce qu’elles consomment. Personnellement, j’en distribue rarement, mais j’en ai toujours sur moi, au cas où. On en a plein au local et les autres groupes de maraudes les donnent régulièrement. Dans nos kits d’hygiène pour femmes, j’essaye d’ailleurs de remplacer les tampons par des serviettes : les femmes ont tendance à les garder trop longtemps. Les cups, c’est pareil: il faudrait qu’elles aient les mains propres pour la changer et de quoi la stériliser.

Tu es au cœur de l’action : quel est le bilan que tu dresserais de la situation actuelle de la rue?

Du côté des bénévoles, on voit que les gens veulent donner de plus en plus de sens à leur vie, en s’engageant notamment. La qualité de leur engagement est nettement supérieure qu’avant. Et le bilan sur le terrain, il est «bigoût». D’un côté, il y a de la solidarité, que ce soit grâce aux maraudes, mais aussi aux habitants qui prennent de plus en plus conscience de ce qui se passe autour d’eux, en bas de chez eux. En revanche, de 2001 à 2012, le nombre de personnes sans domicile a augmenté de 50 %. Ces sans-abri, ce sont des profils comme toi et moi, des gens qui ont fait des études, qui parlent plusieurs langues, qui ont des familles, des amis. Ivo, qui traîne avec Saïd, parle treize langues, il fait des tours de magie, des calculs improbables qu’il essaye d’ailleurs de m’apprendre, en vain. Saïd, lui, a bossé au Louvre, à la médiathèque de La Villette, il a toujours des trucs de ouf à raconter. Qu’est-ce qui a fait qu’il est dans la rue, depuis 18 ans ? Ce qui m’angoisse, c’est que ça peut vraiment arriver à n’importe qui. Mais cette peur est aussi un moteur, je me dis que je suis à la bonne place, même si parfois je suis fatiguée. Mais je me dis qu’il faut y aller. J’espère que ça ne m’arrivera jamais, mais si ça m’arrive, j’aimerais qu’on ait la même énergie pour moi.

Beaucoup souhaitent s’engager, mais ne savent pas trop par où commencer. Quels conseils donnerais-tu pour aider au mieux les personnes dans la rue ?

Gégé

Certain.es, intuitivement, vont voir directement un.e sans-abri pour lui demander ce dont il ou elle a besoin. Ça va être un café, une bouteille d’eau, un sandwich, ou des choses très ponctuelles. Les gens n’abusent pas et ne vont pas te demander de faire un plein de courses. Ça, c’est une super démarche : il n’y a rien de mieux que d’aller aider la personne en bas de chez soi ou à côté de son bureau. Et quand vous ne savez pas trop, adressez-vous à une asso – la nôtre est plutôt cool (Rires). Vous comprendrez ainsi la dynamique, les besoins, les manières d’agir pour aider au mieux. Avec cette démarche où vous voyez un peu dans quoi vous mettez les pieds, vous pouvez rester et vous y investir. Le temps est un bien précieux, et moi, je préfère les gens qui viennent en maraude plutôt que celles et ceux qui font des dons, vraiment. Consacrer une après-midi de son temps, dans nos vies speed, ce n’est pas rien. Et venir avec ses compétences, c’est pas mal aussi! La Rue Tourne n’aurait pas le même impact si elle n’avait pas des bénévoles avec des compétences en graphisme, en web, ou encore en écriture.

Fanta & Keita

Article du numéro 45 « Ensemble »

Article de Juliette Minel

Portraits réalisés par Agy

Le 7 Novembre dernier a eu lieu, au Musée du Quai Branly, la deuxième édition des Trophées Elles de France. Une cérémonie pas comme les autres, qui récompense l’engagement, le combat, la carrière et la force de cinq Franciliennes ultra inspirantes. Focus. 

Elles sont entrepreneures, militantes, scientifiques, journalistes ou responsables d’associations caritatives… Elles, ce sont les 45 femmes d’exception en lice pour recevoir 5 prix récompensant leurs belles actions en faveur d’une société plus juste, plus moderne, plus égalitaire et plus innovante. Une façon pour la Région Île-de-France, à l’initiative de cet événement, de mettre en lumière les différentes démarches de chacune des participantes à travers la remise de récompenses significatives comme le prix de l’innovation, le prix de la création, le prix du courage et le prix de la solidarité. 

Si un jury composé de 18 personnalités (journalistes, médecins, écrivains, scientifiques, entrepreneurs, musiciens…) a été chargé de départager toutes les concourantes, le prix Simone Veil, a quant à lui, été attribué grâce aux votes du public. Il distingue sa gagnante par sa détermination, son dévouement à une grande cause, mais aussi sa bravoure face aux obstacles rencontrés tout au long de son chemin. Des récompenses, qui ont été remises par la Présidente de cérémonie et de la région Île-de-France, Valérie Pécresse. 

Remise des trophées Elles de France au Musée du Quai Branly

Et les gagnantes sont… 

Après quelques roulements de tambour et de longues minutes de suspens, le nom des gagnantes a été annoncé. Le premier des cinq prix, est celui de la solidarité. Il permet de valoriser les initiatives des femmes en faveur de la cohésion sociale, de la réussite et du respect d’autrui. Celui-ci a ainsi été décerné à Bernadette Rwegera pour avoir fondé en 1997, une association baptisée Ikambere (la maison accueillante) afin de venir en aide aux femmes atteintes du VIH en situation d’isolement ou de grande précarité. En tout, sa structure accueille entre 30 et 40 personnes par jour et les aide à améliorer leur conditions de vie. Une belle initiative. 

Le trophée du courage et du dépassement a été attribué à Nora Fraisse dont le parcours est particulièrement émouvant. Mère d’une adolescente souffrant d’harcèlement scolaire, elle déploie une énergie incroyable pour tenter de briser le tabou autour de ce problème épineux dont sa fille a été victime. A 13 ans seulement, Marion à en effet mis fin à ses jours en 2013, après des mois de silence autour de sa situation. Depuis ce drame, Nora a créé avec son mari, l’association « Marion la main tendue ». Ils ont également obtenu la mise en service d’un numéro court d’aide aux victimes (30 20) et la création d’une journée nationale contre le harcèlement. Des gestes solidaires qui permettent aujourd’hui à de nombreux jeunes adolescents de renouer le dialogue avec des personnes adultes et de pouvoir trouver des solutions adaptées à leur situation. 

Le troisième prix est celui en faveur de l’innovation. Il vise à promouvoir l’esprit entrepreneur des femmes franciliennes qui prennent le risque de se lancer à leur compte tout en faisant avancer la recherche. Celui-ci a été attribué à Alice de Maximy, à qui l’on doit l’application « hkind ». Elle permet de mettre en lumière des initiatives solidaires menées par des acteurs majeurs de la santé. Loin de vouloir s’arrêter en si bon chemin, elle crée quelques années plus tard, la plateforme « Femmes De Santé » qui met en lumière des femmes qui font bouger le domaine de la santé de manière positive. Rien que ça ! 

Dans la catégorie création, c’est Naoëlle d’Hainaut, gagnante de l’émission Top Chef, qui a obtenu le trophée visant à encourager les artistes féminines faisant de la Région Île-de-France une terre de culture. Une reconnaissance méritée puisque cet enfant de Saint-Ouen a maintenant ouvert, accompagnée de son mari sommelier, son propre restaurant baptisé L’Or Q’idée à Pontoise. En janvier 2019, elle a même obtenu sa toute première étoile au guide Michelin… Une battante dont le parcours sans faute inspire à rêver. 

Le dernier, le prix Simone Veil, est un peu particulier puisqu’il est décerné par le public et plus spécifiquement par les internautes qui ont du choisir entre 9 nominées venant d’horizons très différents. Il a été remporté par la journaliste, activiste de la laïcité et ancienne collaboratrice de Charlie Hebdo, Zineb El Rhazoui. Si son combat est vaste, elle lutte, entre autres, pour la sécularisation du Code pénal marocain et l’abrogation des articles de loi inspirés de la charia. Des batailles qui l’on menée à se distinguer parmi 9 autres candidates de prestige dont Isabelle Adjani, l’ingénieure centralienne Lucie Basch, l’enseignante engagée pour la paix Samia Essaba, la chercheuse au Laboratoire des Sciences du Climat et de l’Environnement Valérie Masson-Delmotte, la directrice générale d’Air France Anne Rigail, l’auteure engagée dans la lutte contre la précarité Henrienne Steinberg et l’auteure de BD et réalisatrice franco-iranienne, Marjane Satrapi. 

Bien au-delà de n’être qu’un simple concours, le Trophée Elles de France permet de mettre en avant les différentes initiatives solidaires qui sont menées par des femmes bienveillantes qui croient en leur projet et qui agissent sous un seul et même drapeau, celui de l’entraide. On aime.