INTERVIEW DE MARIE COURROY : FONDATRICE DE LA MARQUE MODETROTTER

©Modetrotter

C’est dans son superbe showroom du 2e arrondissement de Paris que Marie Courroy, créatrice de Modetrotter, répond à nos questions. Ancien multimarques en ligne, elle en a fait il y a 2 ans sa propre marque de prêt-à-porter. Des couleurs vives et des imprimés branchés, ici on ose ! Et même si, comme nous l’a dit cette passionnée « je n’ai pas l’impression de suivre les modes », nous on adore. 

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Raconte-nous tes débuts, ton parcours

 
Marie : J’ai toujours travaillé dans la mode. J’ai travaillé chez ba&sh et Vanessa Bruno et j’ai lancé le site Modetrotter d’abord en multimarques ; je vendais les marques des autres. Ca allait de ACNE, Heimstone, Roseanna... J’ai fait ça pendant 7, 8 ans et depuis 2 ans, on a basculé en marque propre. On a complétement arrêté le multimarques et on ne vend plus que nos propres produits.
 
Pour quelles raisons as-tu choisi de changer ?
 
Eh bien, pour plein de raisons. D’abord je trouvais que les marques avaient du mal à se renouveler. Quand j’ai commencé à vendre Roseanna, Heimstone etc. j’ai acheté leurs premières collections, c’était chouette j’étais l’une des rares à les vendre. Et puis l’année d’après elles n’étaient plus dans trois points de vente mais dans dix, puis dans vingt-cinq, etc… Donc ça devenait compliqué. Il n’y avait plus vraiment de raisons que les filles viennent acheter chez moi et pas au Printemps ou sur je ne sais quels sites. Surtout que les marques ont leur propre e-shop donc on passe de trois points de vente à tout d’un coup cinquante en deux minutes trente. Après, c’est la vie du commerce. Ensuite, j’avais envie d’être responsable à 100% de ce que je vendais. Aujourd’hui, si une cliente reçoit un pull ou un gilet, que tous les boutons sautent et qu’elle nous le renvoie, c’est quelque chose qui m’ennuie vraiment. J’appelle tout de suite le fabriquant et on règle le problème.
 
Et comment tes clientes ont-elles accueilli la nouvelle ? 
 
Plutôt bien, je crois que l’on a perdu que très peu de clientes, donc je pense qu’elles étaient assez contentes, qu’elles attendaient ce changement. Surtout que j’essaie d’apprendre du passé, on ne part pas de zéro, c’est quand même intéressant toute l’analyse que l’on a pu faire derrière. Je voulais que ça soit moins cher que les marques que je vendais, je voulais que le système des saisons soit différent. Parce qu’une fois que je recevais toute ma marchandise, je les mettais sur le site et donc jusqu’aux soldes, il ne se passait plus rien. Une cliente, une fois qu’elle était venue trois fois, avait déjà tout regardé, et je voulais qu’il y ait plus de turn-over des collections. Je me suis dit comment faire des collections, printemps, été, automne, hiver avec du renouvellement sans arrêt pour donner aux filles l’envie de venir sur le site. J’avais déjà en tête ce que je voulais faire pour apprendre de l’ancien système qui était pour moi complètement obsolète. Je trouve ça hyper vieillot que de commander 6 mois à l’avance alors que ça va tellement vite aujourd’hui : tu vois les Zara, les h&m etc… je trouve que tu ne peux plus attendre.
 
Comment crées-tu une collection ? Qu’est-ce qui t’inspire ?
 
Je commence toujours par les tissus et c’est en voyant les tissus que je donne un thème à ma collection. Je crois que je fonctionne à l’envers mais c’est comme ça que j’y arrive. Et après je la ponds hyper vite. Je crois que le style c’est 10% de mon temps, tout le reste après c’est vraiment que de la gestion d’entreprise.

 
 
Fatiguant un peu ?
 
Crevant mais hyper réjouissant. Parce que je travaille avec des gens que j’ai choisi,  il n’y a que très peu de gens que je n’ai pas choisi et avec qui je dois dealer mais sinon 90% des gens qui m’entourent, ce sont des gens que j’ai choisi donc c’est hyper agréable. Que ce soit mes équipes ou les fournisseurs, c’est chouette !
 
Qu’est ce qui est le plus plaisant dans ce travail ?
 
Il y a deux choses je trouve plaisantes. D’abord, le partage avec les filles. Je ne fais rien toute seule dans mon coin, je leur demande toujours « qu’est ce que vous en pensez, vous aimez vous n’aimez pas, les prix ça passe ou pas, quel tissu vous préférez… ? ». J’aime le travail d’équipe, je ne suis pas faite pour bosser toute seule, j’ai besoin de l’émulation des autres.
Ensuite, il y a aussi le fait de créer un truc qui sort de ta tête et que tu arrives à rendre visible. Le mieux est de voir quelqu’un dans la rue avec ta pièce… Là j’étais au Maroc, dans un bled perdu et j’ai vu une fille avec notre sac au pire moment alors que j’étais habillée… je n’étais pas habillée d’ailleurs, j’avais une serviette autour de la taille, des tongs dégueulasses, un sweat, les cheveux n’importe comment, je sortais de mon cours de surf et là je tombe nez à nez avec elle et là j’ai vu son sac. Elle m’a dit « je vous suis sur instagram » c’était super marrant !
Et enfin, pouvoir faire ce que je veux, ce dont j’ai envie, ce que j’aime.
 
Tu as toujours voulu créer toi-même ?
 
Non, pas du tout. En faisant le tout premier modetrotter, je ne m’étais pas dit que ça se transformerait en marque. Je l’ai fait parce que je ne trouvais rien sur internet à l’époque. C’était en 2008, et c’était vraiment que le début. Tous les sites s’appelaient « showroom quelque chose, vestiaire bidule… »  il y avait des petits papillons roses sur tous les sites, c’était ringardosse et les marques étaient toutes les mêmes : ba&sh, American vintage, IKKS… Moi ce n’était pas du tout mon truc. Je voulais un site avec des marques comme APC, Roseanna, Heimstone… et c’est comme que j’ai lancé le site, sans me dire au départ que j’allais créer ma marque. Mais au final, je suis attachée à l’univers modetrotter; pas forcément aux vêtements. Du coup, si demain on veut faire un hôtel modetrotter, ça ne me semblerait pas du tout incohérent. Je n’ai aucune limite dans ce que je peux faire.
 
Il y a d’autres choses que tu aimerais faire ?
 
Il a plein de trucs que j’aimerais faire mais pour l’instant il n’y a rien de concret.
 
Qui est la cliente modetrotter ?
 
La cliente modetrotter, contrairement à ce que tout le monde pense, ce n’est pas du tout une fille excentrique, ce n’est pas une fille qui s’habille comme moi, pas du tout. Je le vois maintenant que l’on a ce petit espace, ce showroom/boutique (28 rue d’Aboukir, Paris 2e). On a été hyper agréablement surprise quand on a ouvert cet endroit. Ce sont des filles qui s’habillent de façon commune, mais ce n’est pas péjoratif. Elles portent un jean, des converses et un pull gris mais elles cherchent le manteau ou la petite veste. Je pense que notre clientèle de base c’est une fille qui n’est pas forcément pointue, ni ultra-branchée. D’ailleurs, je n’estime pas que l’on soit une marque ultra-branchée, parce que je n’ai pas l’impression de suivre les modes. Après j’aime la couleur, j’aime mettre des carreaux avec des pois mais je me rends bien compte que tous les gens ne s’habillent pas comme ça.  Ce qui me plait, c’est que la cliente prendra un blazer qui sort du lot mais va le mettre avec un jean et un pull écru.
 
Quel âge a-t-elle en moyenne ?
 
A un moment on a fait beaucoup de casquettes et  de sweatshirts,  donc je pense que l’on a rajeuni la clientèle. Sinon, c’est plutôt 35/40 ans. Des femmes qui gagnent leur vie. Si j’enlève les casquettes et les sweats, c’est au dessus de 150 € la pièce.
 
Lorsque tu crées ta collection, tu le fais justement pour cette cible en particulier ?
 
J’essaie vraiment de faire que ce que j’aime après comme je l’ai dit tout à l’heure, je sais bien que si on veut aussi un moment que ça se transforme en business, on ne peut pas s’adresser juste à soi et à ses copines. Par exemple, une femme comme ma mère, elle est à l’âge où elle ne veut plus montrer ses bras donc il faut que dans ma collection il y ait au moins une robe qui les cache. Et une robe un peu chic pour les clientes qui se rendent à un mariage.
Je pose vachement de questions avec qui je travaille, parce que l’on a plein de styles différents.
Je ne suis pas têtue. Quand j’y crois vraiment, j’y vais mais je n’écoute pas que moi, pas du tout. J’écoute tout le monde, je fais un petit brainstorming et tout le monde a son mot à dire. En revanche, je rajoute toujours ma petite sauce.
 
Est-ce que tu as un mantra ?
 
La vie est bien faite. Donc quand ça ne se passe pas comme je voudrais je me dis « c’est mieux comme ça ». Je pense surtout à un moment où j’ai voulu lever des fonds, ça a été l’horreur, et j’ai failli signer avec un mec. Au final, si je l’avais fait, j’aurais dû mettre la clé sous la porte peu après.

Un conseil pour les jeunes entrepreneurs ?

On ne regrette jamais d’avoir fait, alors qu’il arrive souvent de regretter de ne pas avoir fait. De la même façon, j’ai donné tout ce que je pouvais à Modetrotter mais je me suis toujours dit « si demain ça doit planter, je n’aurais aucun regret parce que je sais que j’ai vraiment travaillé ». Si ça ne marche pas ce n’est pas forcément parce que tu n’as pas de talent mais parce que tu es arrivée trop tôt ou trop tard sur un marché, il peut y avoir tellement de raisons. Si tu crois en ton travail, tu ne regretteras pas de l’avoir fait.

Quelle tenue à adopter pour le printemps 2018 ?

Les costumes, moi j’adore !

La suite pour Modetrotter ?

On fait une collab’ avec Hollysiz. On va également faire une fête pour nos deux ans, avec une petite surprise, ça va être très drôle ! On sort une collection spéciale deux ans par la même occasion. Bientôt une collaboration avec Albertine pour des maillots de bains. Et enfin une collab’ avec Jimmy Fairly où l’on proposera quatre solaires (glitter à paillettes bleues, opaque doré rose, …) qui sortira en juin.

 

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Une publication partagée par Marie Courroy (@mariecourroy) le 9 Avril 2018 à 9 :33 PDT


> Article de Margaux SAILLY

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